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« Il y a d’abord l’intitulé du concert « Escarmouche, jazz manouche phosphorescent ». Diable ! Ce trio-là maîtrise l’Art de prendre les gens là où ils se sentent rassurés pour les emmener ailleurs. Soyons d’abord rassurant : Escarmouche, c’est un solide – doux euphémisme – trio de musiciens. Je dis bien « musiciens », car au-delà de l’habituelle technicité dont font aussi preuve nombre de cordistes acrobates, il y a chez ces trois là une réelle envie de créer un monde, de tirer le meilleur parti d’une altérité exacerbée entre trois belles personnalités.

Si Rémi Nouvelot joue le rôle du flegmatique et flamboyant violoniste, les deux guitares se partagent une douce émulation intelligemment compétitive, entre l’intensité d’un bad-boydisme assumé de Julien Sermet et la fausse-nonchalance d’un Matthieu Pesnot-Pin jamais à cours de répond. Un vrai trio de killers à l’assaut du genre manouche, capable de jouer tout sauf n’importe quoi. Du Django – entre autres – puisque c’est ce que beaucoup attendent dans cette invite. Mais Escarmouche dépasse l’estampille.

Ce trio né un peu par hasard il y a trois ans a su prendre le temps, conscient de son potentiel, avec la patience des gardiens du feu. De leur fabrique est né cet objet étrange et génial, mélange de bric-à-brac à la Méliès et d’une poésie qui pour être encore timide n’en est pas moins évidente. Ce décor fait office de quatrième homme, dépassant leur prétention première – pouvoir se passer d’un éclairagiste – pour devenir acteur à part entière d’un opéra fascinant. Tout comme l’orchestrion de Pat Metheny, les trois d’Escarmouche créent un monde musical singulier et expansif grâce à une savante technique de pédales commandant un système de lumières délicieusement artisanal et étonnamment efficace. Mais là où la technique, chez Metheny, est toute entière au service du one man show (des effets de loops et de couplage de la guitare avec d’autres instruments), le bidouillage d’Escarmouche est au service des concertistes. Car il s’agit bien d’un concert, et d’un spectacle, ou mieux encore : d’un opéra.

Des compositions remarquables, une écriture envoûtante qui utilise toute la palette musicale possible, tant harmonique que rythmique, pour une histoire à laquelle ne manque que la parole. Echangeant avec une grande intelligence le leadership entre les trois musiciens, jamais superfétatoires, usant d’une maîtrise remarquable de l’accompagnement, Escarmouche crée un nouveau genre dans la foultitude de l’univers « manouche ». Dans le sillon esquissé par certaines compositions narratives des « Doigts de l’Homme », ils plantent un opéra-manouche épatant et fascinant, dont on devine qu’il ne saurait en rester là tant le potentiel exprimé laisse rêveur. De ce décor de brocante délicieusement désuet naît une paradoxale nostalgie jubilatoire, portée par une émotion symphonique inversement proportionnelle à la taille de la formation. Certainement, le jeu dans lequel ils se sont lancés les dépasse, créant des univers qui les emmènent plus loin que prévu. Heureuse émulation entre musique et théâtre, son et lumière, musiciens et public. Sans doute aussi, en s’attelant à l’exigence, ce groupe s’ouvre un avenir plus que prometteur.

L’avenir nous dira ce qu’il en a fait.« 

François Robin pour Jazz Rhône-Alpes

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